Qu’est-ce que le channel bonding ?

Nous disons souvent quand nous écrivons certains de nos articles un peu généralistes, ou traitant d’un sujet technique particulier, que pour le débutant ou celui qui ne s’intéresse que de loin à l’informatique, le vocabulaire n’est pas toujours simple. En voici ici un parfait exemple avec le « channel bonding ». C’est en effet une notion qui n’est connue et utilisée que par les administrateurs réseau ou les particuliers particulièrement motivés.

Mais ce n’est pas parce que c’est complexe qu’il faut rester dans l’ignorance, même si vous ne l’utilisez pas en connaitre le sens sera toujours utile. Après tout, beaucoup de monde sait ce qu’est un atome ou une appendicectomie, mais cela ne fait pas forcément de vous un chimiste ou un chirurgien. C’est donc un point purement informatif que nous allons réaliser ensemble aujourd’hui. Par exemple, moi je m’en sers, sur mon serveur personnel depuis maintenant quelques années. Trêve de mystères, découvrons de quoi il s’agit…

Le channel bonding

Nos réseaux ont beaucoup évolué depuis leur apparition, même chez vous, les performances sont incroyablement meilleures qu’il y a quelques années. Il y a plusieurs raisons à cela, mais celle à laquelle nous allons nous intéresser est l’évolution de la norme ethernet.

Au commencement ce câble, qui d’apparence n’a pas changé pouvait transporter 10 Mb/s. Je sais bien que l’on parle tout le temps de Mb/s et que cette unité ne nous est pas très familière, donc je vais vous donner également les valeurs en Mo/s, normalement c’est plus parlant. Donc, 10Mb/s correspondent à 1,25 Mo à la seconde. Pour que cela soit encore plus parlant, nous allons calculer combien de temps il faudrait avec cette connexion pour transférer un film de 700 Mo d’un périphérique réseau à un autre. Bien entendu nous imaginerons que le lien réseau fonctionne au maximum théorique. Donc, 700/1,25 = 560 secondes, soit environ 9mn 20s pour télécharger un film de 700 Mo.

Ensuite la norme a évolué pour atteindre 100 Mb/s, vous l’aurez compris, c’est 10 fois plus, et donc on peut théoriquement transférer des données à la vitesse de 12,5 Mo par seconde. Cette fois le temps de copie de notre film de 700 Mo descend sous la barre de la minute à 56 secondes.

Enfin, aujourd’hui nos câbles transportent du Gigabit, soit 1000 Mbs ou 125 Mo/s. Il faudrait donc si on pouvait atteindre ce maximum théorique 5,6 secondes pour copier un film de 700 Mo.

J’utilise le conditionnel car de très nombreuses choses viennent limiter cette vitesse, la qualité de vos câbles et leur norme, la vitesse des disque dur, l’occupation du réseau, le nombre d’appareils par lesquels les données transitent… même un antivirus peut limiter ce taux de transfert. C’est pourquoi les opérateurs parlent de « vitesse maximale théorique ».

Pourquoi est-ce que l’on parle de ça ? Simplement car comme nous le verrons un peu plus tard, le channel bonding permet d’augmenter ces débits.

Donc entrons dans le vif du sujet. Le channel bonding possède plusieurs noms, on parle parfois d’agrégation de liens, ou de teaming. Le concept est simple, il s’agit de configurer deux cartes réseau pour qu’elles fonctionnent comme s’il y en avait qu’une seule. Ainsi, sous windows vous verrez apparaître une nouvelle carte réseau, portant le nom que vous aurez donné à votre teaming et possédant sa propre adresse IP.

Sur mon serveur personnel, un HP Proliant Microserver Gen 8, fonctionnant sous Windows server 2012 R2, j’utilise le channel bonding, le teaming de cartes réseau, et ces deux cartes n’ont qu’une seule adresse IP :

Une seule adresse est intéressante dans mon usage, car de ce fait le teaming est totalement transparent pour moi. Je me sers de cet ordinateur en RDP, c’est-à-dire en bureau à distance exactement de la même manière que si ce serveur ne possédait qu’une seule carte réseau, mais avec les avantages qui vont avec.

L’intérêt du channel bonding

Le teaming peut revêtir plusieurs avantages, mais nous allons en étudier deux principaux, ceux qui pourraient être le plus à même de vous intéresser, ou d’intéresser de petites entreprises.

Comme nous venons d’expliquer la limite théorique de l’ethernet, vous devez déjà savoir quel est le premier intérêt du channel bonding. Comme vous vous servez de deux cartes réseau (c’est-à-dire que deux câbles arrivent à la machine) et que les données sont ensuite traitées par ces deux cartes au lieu d’une, la limite théorique est multipliée par deux.

Dans les faits, cela signifie que copier un fichier sur cette machine prendra deux fois moins de temps, si la source est capable de fournir ce débit et que le ou les disques durs sont eux aussi capable de soutenir la cadence.

Mais cela veut également dire que cette machine, un NAS, ou un serveur, est capable d’émettre deux fois plus de données en même temps. Ça peut être intéressant dans le cas de diffusion simultanée de flux vidéo en HD.

En entreprise c’est encore plus intéressant. Si vous pensez qu’il est impossible ou du moins difficile de surcharger la bande passante Gigabit, c’est pourtant chose commune dans les petites et moyennes entreprises qui ont un équipement simple. Imaginez une entreprise avec 40 postes informatiques. Si la moitié des employés accèdent au stockage partagé pour y récupérer des données, en même temps le débit sera considérablement diminué. Avec le channel bonding, il est possible de multiplier ces débits par deux simplement.

Le second avantage est la redondance. Sur du matériel informatique, « la redondance » et « la tolérance de panne » sont deux notions très importantes. Il faut que le business puisse continuer, quoi qu’il arrive ou presque. Ainsi, peut-être que vous ne le savez pas mais un serveur professionnel dispose de deux alimentations au cas où l’une tombe en panne, de plusieurs disques durs contenant les mêmes données etc… Le channel bonding entre dans cette logique. Si l’une des cartes réseau du serveur tombe en panne, on pourra tout de même continuer d’y accéder grâce à la seconde carte. Certes de manière moins rapide, mais l’activité pourra continuer le temps que la carte soit changée.

Il est également possible de se servir du channel bonding pour mettre en place de la priorisation de données. Par exemple, il est possible d’indiquer à la machine que tel protocole passera par telle carte, et que tel autre utilisera la seconde carte.

Mise en place du channel bonding

Détruisons tout de suite tous vos espoirs, si nous parlions au début de concept, de connaissances, etc… C’est parce qu’il y a peu de chance que vous puissiez mettre en place le channel bonding à la maison. En tout cas sans recourir à des logiciels tiers. En effet, Microsoft ne trouve pas utile de permettre aux particuliers d’utiliser cette technologie simplement.

Il y a quelques temps, il était encore possible de monter un teaming directement dans Windows 10 via l’invite de commandes. Aux dires de Microsoft la disparition de cette fonctionnalité était un simple oubli mais aujourd’hui il n’est plus possible d’y recourir. Il reste donc deux manières de profiter du channel bonding. La première est d’avoir un ordinateur fonctionnant sous « Windows Serveur », la seconde est de passer par un logiciel tiers.

Sous Windows Server

Le channel bonding a une connotation professionnelle, et c’est pour ça, selon la logique de Microsoft que cette fonctionnalité n’est disponible que sur les systèmes d’exploitation destinés normalement aux entreprises.

Si vous souhaitez créer un teaming sur votre Windows server, cela passe par le gestionnaire de serveur. Ouvrez le gestionnaire, et dans la partie « serveur local », cherchez la partie « Association de cartes réseau » :

Sur cette capture, vous voyez que chez moi elle est activée, mais chez vous, il devrait y avoir « désactivé », il faut cliquer sur ce mot. Ensuite cette fenêtre s’ouvre, pour vous elle sera vierge :

Cliquez sur « Tâches », puis « Nouvelle équipe ». Donnez un nom à votre channel bonding, puis sélectionnez les cartes réseau qui le composeront. Et voilà, c’est fini ! Il ne vous reste plus qu’à attribuer une adresse IP fixe à ce teaming.

Avec les pilotes de vos cartes réseau

Je pense que ce sera anecdotique, mais si vous souhaitez tout de même réaliser un channel bonding sur votre installation de Windows, il faudra que vous passiez soit par les pilotes de vos cartes réseau, soit par un utilitaire que vous trouverez sur le site du fabricant. Tous les pilotes et tous les fabricants ne proposent pas cette possibilité. De plus, quand ils l’offrent, ce n’est pas toujours compatible avec toutes les versions de Windows. C’est donc à vous de voir si le channel bonding est possible en fonction de votre matériel et de votre système d’exploitation.

Conclusion

Le channel bonding est un outil très pratique, mais encore faut-il en avoir réellement le besoin. Microsoft en tout cas pense que les particuliers n’utiliseront pas cette technologie et ils la réservent aux versions serveur de leur système d’exploitation. Pour les utilisateurs les plus avertis, il est tout de même parfois possible d’en profiter en passant par des logiciels d’autres éditeurs. Doubler la capacité théorique de votre connexion ethernet à la maison, ne sera utile que dans de rares cas, le matériel n’étant pas fait pour fournir de tels débits.

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